L'apprentissage de la lecture-écriture

La langue d’enseignement est un des facteurs de réussite de l’éducation. L’entrée à l’école, c’est l’entrée dans l’écrit, une étape difficile pour les enfants qui vont apprendre dans une langue qu’ils ne connaissent pas. Les systèmes bilingues mis en place en Afrique subsaharienne perturbent bien souvent le développement des compétences de l’enfant. Les difficultés qui peuvent en découler sont souvent pour eux rédhibitoires et un enjeu fondamental pour l’amélioration du rendement scolaire de beaucoup de pays du continent.

Les modèles d’enseignement bilingue mis en œuvre en Afrique subsaharienne ont donc bien souvent comme objectif de faciliter l’accès à l’écrit aux enfants entrant à l’école pour passer ensuite rapidement à un apprentissage en langue internationale. De fait, l’apprentissage de la lecture/écriture est fondamental pour la réussite de la scolarité. Mais il représente dans le même temps un grand nombre de difficultés qui sont bien souvent exacerbées en Afrique subsaharienne.

  • Cet apprentissage est d’abord un processus qui s’étend sur l’ensemble de la scolarité et qui accompagne les apprentissages des autres disciplines. L’enseignement de la lecture/écriture nécessite donc des formations particulières. Or la formation initiale et continue est souvent insuffisante dans les pays de ce continent.
  • Lire c’est d’abord comprendre. Le travail de la compréhension orale est fondamental mais également complexe à mettre en œuvre en classe. Qui plus est lorsque les conditions techniques sont insuffisantes ou lorsque les classes sont pléthoriques comme c’est le cas au début du primaire dans beaucoup de pays africains.
  • La langue écrite est une langue spécifique que l’enfant découvre à l’école. L’écrit est un objet extérieur (matérialisé) dont tout enfant est moins imprégné que l’oral. Cette découverte est bien sûr encore plus déroutante lorsque l’enfant entre à l’école dans une langue qu’il ne comprend pas.
  • Lire/écrire est une pratique quotidienne, automatisée à la fois motrice et cognitive. Mais c’est également un phénomène culturel polymorphique très variable d’une société à une autre. En Afrique subsaharienne, les enfants qui apprennent directement en langue internationale découvrent donc une langue orale et écrite en même temps mais aussi une pratique culturelle qui ne leur est pas toujours familière et dont ils ne comprennent pas forcément l’intérêt. Développer des compétences en lecture/écriture dans un environnement non lettré s’avère très difficile.

© Institut français du Rwanda

Tout tend donc à encourager l’enseignement par la langue maternelle ou l’enseignement bilingue, pour la réussite scolaire. Cependant, les évaluations des systèmes d’enseignement bilingue conduites en Afrique subsaharienne ne permettent pas de conclure clairement sur les modèles à privilégier. Certaines études menées aux États-Unis montrent pourtant que l’enseignement bilingue est positif sur le long terme et que le premier facteur de réussite dans une langue seconde est le temps d’apprentissage dans la langue maternelle. Plus l’élève apprendra longtemps dans "sa" langue, plus il passera facilement à un apprentissage dans une autre langue et mieux il réussira. Ces études indiquent que le temps nécessaire au développement des compétences en langue de l’école est d’au moins huit ans.

Le modèle consécutif précoce prédominant en Afrique subsaharienne n’est donc pas un gage de réussite et de rendement scolaire. C’est même pour certains spécialistes une solution peu différente de l’enseignement directement en langue étrangère. Les compétences langagières nécessaires à l’apprentissage sont en effet développées pendant plusieurs années. Les premières années du primaire constituent un "saut cognitif" difficile pour les élèves à cause du passage d’une langue orale proche à une langue écrite beaucoup moins familière. Changer de langue au milieu de cette période, c’est rajouter un obstacle de plus dans un parcours déjà compliqué.

Pourquoi ce modèle est-il donc prédominant ? Pour certains spécialistes, il s’agit avant tout d’un défaut de sensibilité des grands bailleurs de fonds éducatifs à ce facteur de réussite scolaire qu’est la langue. Plus généralement, les sociologues ont montré que les phénomènes de convergence institutionnelle s’expliquent par des choix de politiques conformes à des valeurs dominantes plus qu’à leur efficacité supposée. Le choix d’un modèle se fait même bien souvent avec une compréhension limitée et une idée très imprécise de sa plus-value. Dans le cas de l’enseignement bilingue, il faut souligner que les apports sont probablement nombreux mais souvent discutés et que les coûts sont trop importants pour de nombreux États. Les parents d’élèves sont bien souvent réticents à ce type d’enseignement qu’ils voient parfois comme un enseignement "à deux vitesses".

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