Exemples de dispositifs

Pour illustrer la variété des dispositifs bilingues, aussi bien du point de vue de la mise en place que du fonctionnement institutionnel et pédagogique, nous avons fait le choix de nous arrêter sur quelques pays emblématiques du réseau francophone ainsi que sur le cas particulier du programme ELAN-Afrique.

 Egypte  Espagne  Lituanie  
Louisiane  Ukraine  ELAN

Égypte

Si le français n’est pas langue officielle en Égypte, il existe une longue tradition francophone dans ce pays qui est un État membre de la Francophonie. Les sections bilingues francophones scolarisent aujourd’hui plus de 40 000 élèves égyptiens de la maternelle jusqu’à l’équivalent du baccalauréat, dans une cinquantaine d’établissements. Le dispositif bilingue égyptien favorise un bilinguisme de type additif : pour les élèves, le français est le plus souvent une langue étrangère – une deuxième langue voire parfois une troisième langue, qui bénéficie d’une image positive et valorisante. Héritier des premiers développements de l’immersion, le réseau des écoles à section bilingue francophone d’Égypte a fait évoluer les pratiques pédagogiques des enseignants vers un modèle à rapprocher de la méthode CLIL, sachant mieux prendre en compte la dimension langagière des apprentissages disciplinaires ainsi que les besoins qui en résultent pour les élèves. En plus d’un cours de français renforcé, ces derniers suivent en effet leurs cours de mathématiques en français dès la classe de première primaire (équivalent du CP français) et ceux de sciences à partir de la classe de quatrième primaire, jusqu’au diplôme de fin d’études secondaires.
Dossier complet en ligne sur Le fil du bilingue

TV5MONDE. Destination Francophonie : Égypte, émission du 28/02/2015
Mona Sayed, responsable du français au lycée Al Horreya de Bab El-Louk au Caire 
 

ELAN-Afrique

Soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le ministère français des Affaires étrangères et du Développement international (MAEDI), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Agence française de développement (AFD), l’initiative Ecoles et langues nationales en Afrique (ELAN) vise depuis 2011 à mettre en place, de manière expérimentale, un enseignement bilingue / plurilingue articulant langues nationales et langue française dans plusieurs pays d’Afrique. Le premier partenariat associait le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo et le Sénégal, rejoints en 2016 par la Côte d’Ivoire, la Guinée, Madagascar et le Togo. À travers ce projet, décliné dans des plans nationaux par les autorités éducatives des différents pays, il s’agit de développer un bilinguisme consécutif à l’école primaire, en utilisant les langues nationales pour transmettre les fondamentaux en début de scolarité, puis en introduisant progressivement le français comme langue d’enseignement, en s’appuyant sur une pédagogie convergente.  
En savoir plus sur le site de l’initiative ELAN.

Présentation du programme ELAN-Afrique
 

Espagne

Suite à l’accord sur la double délivrance du baccalauréat français et du Bachillerato espagnol signé le 10 janvier 2008 par les ministères français et espagnol de l’éducation, des sections binationales Bachibac ont été ouvertes en Espagne à la rentrée scolaire 2011. Trois ans plus tard, plus de soixante établissements scolaires avaient adopté ce dispositif, qui encourage un bilinguisme dynamique au cycle secondaire. Le cursus en effet s’adresse aux élèves de Bachillerato (équivalent des classes de première et de terminale en France) qui le souhaitent, sans sélection préalable. Ils suivent un enseignement de langue et de littérature française ainsi qu’un enseignement d’histoire en français de type EMILE. Les cours proposés suivent des programmes spécifiques, qui ont à la fois pour objectif de faire acquérir des méthodologies disciplinaires (étude critique de documents et composition par exemple en histoire) et de consolider les compétences langagières et discursives spécifiques des apprenants. Il s’agit par ailleurs d’aider les élèves à se forger une culture personnelle et collective en approfondissant des contenus et des connaissances relatifs à l’histoire des deux pays partenaires, à travers des démarches de comparaison de points de vue, qui développent leur ouverture et aiguisent leur sens critique. D’autres types de sections bilingues existent parallèlement et permettent aux élèves de suivre un enseignement disciplinaire en français optionnel, sur programmes espagnols.
Présentation du Bachibac
Lire l’entretien du Fil du bilingue avec deux enseignants des sections Bachibac

Lituanie

Si la Lituanie est membre observateur de la Francophonie, la place du français reste marginale à côté du russe, de l’anglais ou encore de l’allemand. Elle est une langue étrangère très positivement perçue mais encore relativement peu apprise à l’école. La mise en place récente du dispositif d’enseignement bilingue s’est construite avec le soutien de l’ambassade de France et du ministère lituanien de l’Éducation, autour d’une réflexion pour faire évoluer les pratiques d’enseignement-apprentissage et renouveler les approches disciplinaires en s’appuyant sur un modèle EMILE, dans des sections qui restent facultatives : "c’est une méthode d’apprentissage innovante qu’on promeut avant tout", "une autre façon d’enseigner", "un moyen à fort effet d’entrainement pour moderniser et améliorer la qualité globale de l’enseignement du français dans le pays", expliquait l’attaché de coopération pour le français Luc Aubry dans l’entretien qu’il avait accordé en juillet 2015 au Fil du bilingue. L’innovation dans les établissements scolaires passe ainsi par des expérimentations disparates, mais qui toutes vont dans le sens d’une plus grande centration sur l’apprenant, d’une meilleure prise en compte de ses besoins et de ses motivations, ou encore d’un décloisonnement disciplinaire qui pousse les enseignants à s’approprier la démarche de projet ou les approches interculturelles et interdisciplinaires, afin de mieux articuler le cours de français langue étrangère et le cours de discipline dite "non linguistique (DNL)". Luc Aubry met en avant cette dimension placée "au cœur de [la] formation [des élèves]", qui contribue à dynamiser "[les] échanges et [les] mobilités avec d’autres établissements français, [les] participations aux manifestations francophones locales, nationales ou internationales".
Dossier complet en ligne sur Le fil du bilingue.

Louisiane

Dans cet état américain, qui était un territoire de la Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles, la langue française a conservé un statut historique et identitaire pour une partie de la population. Bien qu’elle ne soit pas juridiquement déclarée langue officielle, elle y a en effet conservé une place spécifique à côté de l’anglais, en  particulier en Acadiane, le « pays cajun ». Ce contexte explique la présence ancienne d’un réseau d’écoles à programme d’enseignement bilingue, soutenu par les autorités éducatives locales et par l’action du Conseil pour le Développement du Français en Louisiane (CODOFIL), créé en 1968. Le dispositif d’enseignement bilingue louisianais s’apparente à un programme de type additif, visant en partie à maintenir la langue française en Louisiane et considérant le bilinguisme comme un enrichissement. Le modèle didactique le plus couramment observé dans les classes de l’école élémentaire  est celui de l’immersion partielle (partial immersion) de type CLIL, avec un enseignement du français orienté sur les contenus (content-driven language programme). Les élèves débutent généralement l’apprentissage du français en maternelle (preschool, pre-kindergarten et kindergarten) ou en première année (first grade). Ils suivent 50% des enseignements dans cette langue, par demi-journées (les cours de mathématiques, de sciences, de vie sociale et d’art). Dans le secondaire, l’enseignement bilingue est moins présent, même s’il tend toutefois à s’y développer, en continuité de l’école primaire, pour répondre à la demande des familles.

MARCEAU Marilyn et MARLEAU Dominic. "Immersion francophone en Louisiane". Reportage tourné à Bâton-Rouge et diffusé sur Ici Radio-Canada, 2012.

 

Ukraine

L’Ukraine est un état membre de la Francophonie où le français a le statut de langue étrangère. Le dispositif d’enseignement bilingue permet aux élèves d’apprendre une ou deux disciplines en français à partir de la cinquième classe (équivalent du CM2 français et première année du collège en Ukraine) et jusqu’à la fin du secondaire (onzième classe). Ces disciplines peuvent appartenir au champ des sciences humaines (histoire et géographie), des mathématiques et des sciences (biologie, physique, chimie) ou encore de l’informatique. Le dispositif encourage un bilinguisme dynamique et le développement d’une compétence plurilingue chez les élèves. Les autorités éducatives locales, soutenues par l’ambassade de France à Kiev, ont en effet entrepris une harmonisation progressive des pratiques pédagogiques autour d’un modèle de type EMILE, portée par de nouveaux plans d’étude disciplinaires officialisés en 2015. Dans le cas des mathématiques et des sciences, la réforme des curricula marque le passage d’un enseignement plutôt centré sur la tâche, orienté vers la transmission de connaissances et de savoirs techniques, à la mise en place de situations d’enseignement-apprentissage favorisant l’utilisation de la langue et le développement langagier des élèves dans le cadre d’interactions. Dans le cas des sciences humaines, en particulier de l’histoire et de la géographie, le passage s’effectue en revanche d’un enseignement relativement axé sur la pratique linguistique vers des pratiques intégrant mieux les démarches disciplinaires.
Dossier complet en ligne sur Le fil du bilingue.

Consultez d’autres exemples de dispositifs : Vietnam, Hongrie, Russie...

 
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