À la lettre d'information
Aux flux RSSA l’Ecole Centrale de Bucarest, le bilingue a été créé en 1990, les disciplines non linguistiques qu’on a enseignées pendant de longues années étant la géographie de la France en IXe classe, l’histoire de France en Xe, et la Culture et la Civilisation en XIe et XIIe. A la fin de leur scolarité, les élèves devaient passer une attestation, un ouvrage qu’il réalisaient à partir des thèmes proposés au cours de Culture et civilisation, qu’ils soutenaient devant un jury, formé d’un professeur de langue et un lecteur français.
Pour réaliser le dossier respectif, l’élève était censé connaître toutes les techniques de travail proposées pendant le cours de français, en dehors des connaissances spécifiques apprises lors du cours de culture et civilisation. Dès le début, les lecteurs français ont remarqué le fait que les dossiers étaient trop descriptifs, qu’il n’y avait pas de problématique dans la plupart des cas. Par conséquent, les professeurs ont toujours dû compléter les manuels et les méthodes, répondant ainsi aux besoins des élèves qui passaient cet examen.
Cette préoccupation permanente des professeurs de français de notre établissement, de mettre à la disposition des élèves les dernières techniques et stratégies de travail qui leur permettent d’acquérir des connaissances non seulement linguistiques, a été récompensée en 2003, lorsqu’a démarré le projet « De l’enseignement bilingue vers les filières francophones ».
Depuis deux ans déjà nos élèves passent le baccalauréat à mention bilingue francophone, ce qui implique plusieurs étapes et bien évidemment plusieurs épreuves :
- à la fin de la XIe les élèves passent l’épreuve anticipée, après avoir travaillé dans le cadre du MIP (module interdisciplinaire de projet)
En application de l’accord sur l’enseignement bilingue entre les gouvernements roumain et français, du 28 septembre 2006, le Module d’Enseignement Interdisciplinaire (M.E.I.) est une activité d’enseignement mise en place par le ministère de l’éducation roumain dans le cursus de la XIe bilingue de vingt-quatre lycées à section bilingue francophone de Roumanie. Il est sanctionné, en fin de cette année scolaire, par la passation de la première épreuve (épreuve anticipée) de la mention bilingue francophone du baccalauréat roumain.
- à la fin de la terminale, ils passent une épreuve écrite et orale de français, niveau B2 du CECRL et une épreuve de DNL, à leur choix, entre les DNL étudiées en français (au choix) en XIe et en XIIe.
Dans ces conditions, le professeur de français ne peut plus se résumer uniquement à enseigner en fonction des objectifs imposés par le programme roumain, mais il collabore en permanence avec le professeur de DNL, pour se mettre d’accord sur certains objectifs qu’ils doivent atteindre. Cette approche suppose un travail d’équipe tout le long de l’année scolaire et non seulement ponctuelle.
Le professeur de DNL utilise nécessairement un discours extra-disciplinaire, donc, la maîtrise du cours de DNL en langue 2 implique que le professeur de français travaille avec les élèves ce type de discours.
Pour nous, à l’Ecole Centrale, il est assez difficile parfois ce travail, surtout avec des classes de IXe (première année de lycée) , car une partie des élèves qui viennent ont le français comme troisième langue ; en général ils sont motivés par les différents examens qui les attendent, mais pour qu’ils arrivent au niveau requis, le professeur a un travail énorme à faire.
Tout ce travail serait difficile à réaliser si le professeur de français ne commençait pas à préparer les élèves en IXe et Xe à faire des recherches et des activités spécifiques, sur des sujets en rapport avec le programme : présenter des documents (textes, photographies, graphiques, cartes, dépliants etc.) sélectionnés avec leurs sources ; il faut habituer les apprenants très tôt à éviter la description du sujet ou la compilation, en insistant sur les questions et sur la façon dont on pose la problématique. Au cours de ces deux années, des compétences d’un type nouveau seraient développées : travail en CDI, autonomie de l’apprenant, notamment dans ses recherches, culture de l’initiative individuelle, développement de l’esprit critique, de la capacité à raisonner, problématiser et argumenter. Le professeur va faire beaucoup d’exercices de compréhension de la consigne, ce dont les élèves se serviront pendant les cours de DNL, plus tard : lire la consigne, trouver les verbes qui demandent de faire quelque chose, trouver les mots importants, trouver les mots interrogatifs (qui ?, quoi ? quand ?, combien ? pourquoi ?), chercher certains mots dans le dictionnaire.
Souvent les professeurs se posent la question : quel est le meilleur matériel pédagogique pour faire acquérir aux élèves les connaissances ? Alors, ils recourent aux méthodes françaises, ils cherchent eux-mêmes des documents authentiques si nécessaire, pour les adapter aux connaissances linguistiques des élèves. Internet est devenu un instrument indispensable pour les classes de français, grâce aux sites proposés aux professeurs, qui peuvent profiter tant des fiches pédagogiques que des différents logiciels qui les aident à créer leurs propres exercices. Ces documents, on les choisit en fonction de l’intérêt qu’il peut susciter chez l’élève sur le plan linguistique, culturel, fonctionnel, affectif ou en fonction de la manière dans laquelle il permet au professeur d’atteindre ses objectifs pédagogiques. Il faut aussi que les activités proposées soient diversifiées, stimulantes pour les élèves.
Au début de la classe de XIe, les professeurs de français et de DNL, qui forment eux aussi une équipe (ce qui n’est pas très facile non plus !) ont en vue les objectifs communs à tous les 24 lycées à section bilingue francophone.
- Etre autonome dans sa pratique au quotidien ;
- Etre capable d’exercer des responsabilités, de prendre des initiatives ;
- Savoir maîtriser, organiser, utiliser et synthétiser ses connaissances,
- Savoir chercher, trouver et traiter des informations nouvelles pour lui, ne pas se contenter de faire du « copier-coller » depuis un site internet
- Pouvoir évaluer une situation, un résultat et s’évaluer soi-même ;
- Etre capable de s’intégrer dans une équipe pour pouvoir y travailler.
Il faut préciser ici qu’à l’Ecole Centrale il y a le plus grand nombre de classes par niveau : deux littéraires et deux scientifiques, alors la constitution des équipes représente toujours une provocation lancée aux nombreux professeurs de français et de DNL.
Dans le cadre du module, le rôle du professeur de français reste aussi important qu’avant, car à la fin de cette année, les élèves doivent poser, analyser et résoudre des problèmes, communiquer des réponses argumentées ; lors de l’épreuve anticipée, ils présenteront devant un jury formé par un professeur de français et un professeur de DNL le résultat de leur travail : le produit final, ainsi que la manière dont ils se sont impliqués et quelle est leur contribution effective dans le cadre de l’équipe.
Le professeur privilégie les choix pédagogiques liés au module pour préparer les élèves aux diplômes francophones selon les critères européens d’enseignement des langues. Les enseignants ne doivent pas seulement travailler sur l’acquisition des compétences linguistiques du niveau B2 du CECRL, mais également entraîner les élèves à travailler le compte-rendu et la synthèse, qui sont nécessaires pour la réalisation de l’épreuve anticipée.
Le professeur de français doit apprendre à ses élèves à argumenter et à dégager des problématiques dans toutes les questions qu’ils traitent. Mais il n’est plus seul, car le module interdisciplinaire suppose la concertation permanente des professeurs de français et de DNL, non seulement pendant les cours, mais surtout en dehors, pour réaliser ensemble des fiches à partir des documents authentiques. Alors que le professeur de français fait une analyse linguistique du document (vocabulaire, difficultés de langue, problématique, compréhension du texte), le professeur de DNL a ses propres objectifs disciplinaires, il explique les concepts, il nuance certains aspects, il détermine les élèves à faire des analogies avec d’autres domaines. Il ne faut pas oublier non plus que le dossier que les élèves réalisent dans le cadre du module doit aborder le thème choisi de plusieurs points de vue (par exemple, pour les classes littéraires, le thème doit être traité du point de vue économique, géographique et historique).
Ce travail interdisciplinaire bilingue favorise l’évolution vers des pratiques pédagogiques en accord avec les théories cognitives (passer d’un enseignement traditionnel à un enseignement interactif); en plus il construit les compétences linguistiques et disciplinaires des élèves grâce à cette démarche concertée impliquant plusieurs professeurs, en accord avec les programmes officiels.
Il n’est pas moins important que ce travail en concertation des enseignants des lycées bilingues, les valorise auprès des hiérarchies et des parents des élèves, ce qui est très important pour assurer la promotion de l’enseignement bilingue francophone.
Le module représente donc une excellente préparation aux diplômes internationaux, selon les standards européens, mais elle doit être affinée en XIIe, lorsque les élèves doivent acquérir le niveau B2 du CECRL.
Le baccalauréat à mention bilingue se déroule depuis deux ans déjà et on a constaté l’intérêt de nos élèves qui sont conscients de l’importance qu’un tel diplôme peut avoir pour leur formation ultérieure. Nombreux sont ceux qui choisissent d’intégrer des filières francophones dans les universités roumaines, mais aussi qui vont étudier en France. Même parmi les élèves de XIIe de cette année, il y a des jeunes qui veulent déposer leurs dossiers dans des universités françaises.
En conclusion, on peut dire que le rôle du professeur de français a changé ces dernières années, au moins dans les lycées à section bilingue francophone ; il n’est plus le seul à transmettre des connaissances linguistiques à ses élèves. C’est vrai qu’il doit favoriser la maîtrise du français, mais à un dessein très précis : utiliser la langue française pour travailler dans d’autres disciplines scolaires. Il est très important pour les apprenants que les professeurs de français et de DNL travaillent en équipe, quelles que soient les difficultés rencontrées. Cette concertation des enseignants est fondamentale pour la réussite du module interdisciplinaire, ainsi que pour la préparation des élèves pour le baccalauréat à mention bilingue francophone.
Isabelle Bucurescu