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Aux flux RSSEn parlant de « l’éducation bilingue » nous entendons l’instruction scolaire dans deux langues (dont une est représentée par la langue maternelle) et l’usage de ces langues en tant que milieux d’instruction pour une seule partie ou bien pour la totalité du programme scolaire. On peut dire que l’éducation bilingue commence là où une langue étrangère n’est plus utilisée rien qu’en tant que discipline en soi, mais également pour l’enseignement des autres disciplines, ci dites « Disciplines Non Linguistiques » (DNL).
Selon les dernières acceptions, pour qu’une classe soit déclarée bilingue, il faut qu’il y ait au moins une discipline, sauf les langues étrangères, enseignée dans une autre langue. Cette autre langue nous la désignons souvent par le terme « langue cible » : il s’agit évidemment d’une langue différente de la langue d’enseignement (le plus souvent la langue maternelle). Au cadre des disciplines non linguistiques il est permis, mais pas forcément requis, de changer de langue d’enseignement d’une heure de cours à une autre.
Le rôle de la DNL est donc, je pourrais dire, définitoire pour le bilinguisme : on ne parle pas de bilinguisme sans la DNL enseignée dans la langue cible.
Mon cas personnel est celui d'un professeur de DNL en Roumanie, qui enseigne aux classes bilingues de langue française les disciplines « TIC » (Technologie de l'Information et de la Communication) et « Informatique », au niveau du lycée. Une première difficulté à laquelle je me heurte est le fait que ces disciplines n'existent pas au niveau du curriculum français (fait étonnant d'ailleurs, car elles existent au niveau des autres pays européens !) mais par contre elles existent au niveau du curriculum obligatoire en Roumanie, voire jusqu'au niveau où l'informatique peut être choisie, à titre optionnel, en tant qu'épreuve du baccalauréat. Je me vois donc tout le temps obligé d'adapter les contenus roumains en langue française, sans avoir de ressources et d'outils pédagogiques correspondants au même niveau (je veux dire du lycée) en France. Heureusement, Internet abonde de telles ressources.
L'objet d'étude de la discipline TIC consiste dans l'apprentissage de l'utilisation d'un ordinateur (de manière générale) à travers un système d'exploitation et de l'utilisation d'une suite bureautique. Cette discipline s'étudie pendant 2 heures de cours par semaine, dans tous les 4 années du lycée (en Roumanie la scolarité au niveau du lycée dure 4 ans). Le principal objectif de cette discipline est représenté par la formation de compétences numériques. La principale ressource technique qui vient à l'appui de l'enseignement francophone à l'égard de cette discipline est représentée par les versions françaises des systèmes d'exploitation, de la suite bureautique et de tous les logiciels utilisés.
L'objet d'étude de l'informatique consiste dans l'apprentissage des notions de base des algorithmes et des langages de programmation. Le nombre d'heures de cours par semaine de cette discipline diffère beaucoup en fonction du profil et de la spécialisation de la classe en cause. Les filières littéraires, par exemple, ne l'étudient guère; les classes de profil mathématiques-informatique peuvent aller jusqu'à 7 heures par semaine en classe terminale. Dans le cas qui me concerne, des classes bilingues, l'informatique est étudiée pendant 1 heure de cours par semaine, dans les 2 premières années du lycée. La principal objectif de cette discipline este représenté par la formation de la pensée algorithmique, transposée dans un langage de programmation (dans ma situation, c'est le langage C++).
Des questions que l'on se pose souvent en parlant d'une DNL enseignée dans un cadre bilingue par un enseignant dont la formation de base n'est pas de facture linguistique, sont «Comment est-ce que l'enseignant aboutit à bien se débrouiller ?», «Quelles sont les modalités qu'il choisit pour bien réussir dans son travail ?», «Doit-il ou non faire appel à un collègue qui enseigne la langue cible ?»
Mon opinion est qu'à ce propos il n'y a pas de recette, il n'y a pas de bonne ou mauvaise conduite, mais ça dépend vraiment de chaque personne.
Par exemple, s'il s'agit d'un professeur de DNL qui a déjà fait, par exemple, la totalité de ses études universitaires dans la langue cible, ou bien il a un très haut niveau de la langue, il est peu probable qu'il ait vraiment besoin d'une aide substantielle de la part de l'enseignant de langue. Tout de même, cela ne veut pas non plus dire que les deux ne doivent pas communiquer : par exemple, lorsque l'enseignant DNL aperçoit des difficultés linguistiques chez ses élèves à l'égard d'un certain sujet (par exemple, au cadre d'un texte scientifique on rencontre souvent l'expression « tel que », expression moins familière dans le langage courant et qui, en plus, demande l'usage du subjonctif), il est fort conseillé d'avertir son collègue de langue et de lui demander de l'aide lors de son travail au cadre des cours de langue.
Par contre, si l'enseignant DNL a un niveau moyen ou bien plutôt bas dans la langue cible, la collaboration avec l'enseignant de langues peut être, sinon fondamentale, en tout cas très importante. Il est conseillé, dans ce cas-ci, que le travail de l'enseignant DNL soit de temps en temps révisé et corrigé par le professeur de langue, pour améliorer ses points faibles. Cela suppose, évidement un temps de préparation supplémentaire parfois assez important, qui n'est pas toujours facile à obtenir.
Une autre situation de blocage chez l'enseignant DNL est souvent engendrée par la peur de celui-ci d'avoir un niveau de langue inférieur à ses élèves. Je trouve que dans la plupart des situations, cette peur n'as pas du tout un fondement solide. Tout d'abord parce qu'il arrive rarement qu'un élève d'une classe bilingue ait un niveau tellement bon en langue étrangère, qu'il surclasse de loin son enseignant, même de DNL. Puis, c'est parce que souvent, un élève d'une classe bilingue, qui est en train d'apprendre à manipuler la langue autrement que dans le sens stricte de langue étrangère, se rend compte que l'enseignant DNL se trouve dans une situation similaire, d'apprentissage et de découverte en ce qui concerne la langue, ce qui le fait apprécier le travail de l'enseignant, plutôt que de s'en moquer.
Dans tous les cas, aussi les élèves que les enseignants impliqués dans l'enseignement bilingue doivent être ouverts aux critiques et les percevoir de manière constructive.
Une autre chose qui pose certaines difficultés chez l'enseignant DNL, au moins en ce qui concerne l'enseignement bilingue français en Roumanie est représenté par le nombre d'heures attribué à l'étude de la discipline DNL de manière bilingue : il n'y a aucune heure supplémentaire par rapport aux programmes nationaux, c'est à dire par rapport à la même discipline enseignée de manière normale. Souvent, pour aider l'apprentissage et l'expression orale de l'élève, au cadre de l'enseignement bilingue il est nécessaire de prévoir des activités qui fassent parler l'élève. Malheureusement, par manque d'heures supplémentaires, ces activités sont assez d'assez grands croque-temps, donc elles sont, de manière générale, assez rarement utilisées, au détriment de l'expression orale.
Un grand atout de l'enseignement bilingue français en Roumanie est représenté par l'origine commune latine des deux langues (le Roumain et le Français) qui ôte bien de difficultés qui se poseraient, par exemple, entre un bilinguisme Roumain-Allemand ou Français-Allemand. Surtout au niveau du vocabulaire de spécialité il y a beaucoup de similitudes, ce qui en permet une appropriation bien facile.
Pendant mes heures de cours aux classes bilingues j'essaie d'utiliser au maximum la langue française, en gardant la langue roumaine en tant que « gilet de sauvetage ». Pour cela, j'impose que les élèves ne parlent qu'en Français. Évidemment, ça ne réussit pas tout le temps mais, même lorsqu'une réponse s'échappe en Roumain, l'élève est prié (sans aucune sanction) de reprendre la réponse en langue française. Le Roumain est autorisé uniquement pour le vocabulaire, et même là, après avoir repris l'explication du sens d'un certain mot ou d'une certaine expression également en Français. Selon moi (et là, certains enseignants ne seront pas d'accord) il faut interdire l'usage de la langue maternelle pendant les heures de DNL car, une fois autorisée, par commodité, les élèves (et parfois même les enseignants) auront plus de mal à commuter dans la langue cible, à force de pouvoir s'exprimer bien plus aisément dans la langue maternelle, en détriment de la langue cible.
Je suis d'avis qu'en Roumanie, les dernières années, l'enseignement bilingue français a gagné du terrain. Le fait que depuis deux ans, les élèves des filières bilingues francophones en Roumanie ont également la possibilité de soutenir le Baccalauréat à Mention Bilingue Francophone, est un atout de plus pour eux. Au cadre de la mention bilingue francophone, la DNL est représenté par une épreuve orale, donc son importance est bien reconnue également à ce niveau.
Adrian MODRISAN.