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Reconnaissance officielle

Grâce à la réalisation d'une charte du bilingue, réglementant l'ouverture et le fonctionnement des sections bilingues francophones en Russie, ces dispositifs ont pu être reconnus officiellement par les autorités éducatives russes. En conséquence, les établissements sont de plus nombreux à se lancer dans l'ouverture de ce type de classes. La mission de Lise Ialamov, attachée de coopération en Russie, se termine sur cette note positive.

La possibilité de créer des sections bilingues francophones a vu réellement le jour au début de l’année 2008. Elle a fait suite à de nombreuses tentatives et de lourds efforts engagés par le poste. Ces sections font pleinement partie du système éducatif au même titre que toutes les autres « plates-formes expérimentales pédagogiques ». Elles constituent, en outre, un espace d'enseignement d'excellence optionnel obligatoire dont les parents d'élèves sont particulièrement friands.

Autorisation de création par les autorités éducatives russes

De 2007 au premier trimestre 2008, les nombreuses et régulières réunions des « commissions de travail pour la promotion de la langue du pays partenaire » n'ont, durant une année entière, pas fait avancer le projet de créer, au sein des établissements à enseignement renforcé du français (EERF) de Russie de véritables sections bilingues francophones.

Or, ces EERF offraient déjà l'enseignement de disciplines en français (histoire mondiale des arts, histoire, géographie, économie) et quelques heures de français sur objectifs spécifiques (français des affaires, français du tourisme, français juridique, par exemple). Aux côtés de ces formations, la majorité des enseignants engagés étaient déjà rompus aux objectifs du CECRL et les nombreuses formations du poste leur avaient permis d'être, pour beaucoup, habilités aux corrections des DELF Junior en particulier. Le terrain était prêt, il manquait, pour accomplir un pas essentiel dans ce projet, l'accord du ministère.

Les professeurs et les cadres administratifs des EERF en Russie sont bien sûr modelés par l'histoire de leur pays et il est impensable d'introduire, sans l'aval des autorités éducatives, une quelconque ébauche de réforme. En revanche, il existe un espace de liberté « pédagogique » offert à chaque école si celle-ci s'engage à créer une « plate-forme pédagogique expérimentale » sous la surveillance et avec l'accord soit du ministère régional (département de l'Éducation de la région, du département ou de l'arrondissement) soit de la structure institutionnelle de formation continue (espace obligatoire dans la carrière d'un enseignant). Ce qu'il faut entendre par cette « plate-forme pédagogique expérimentale » qui, historiquement, rappelle la liberté accordée durant les premières décennies soviétiques à l'implantation de formes d'éducations nouvelles, c'est avant tout la liberté qu'elle donne en termes d'horaires et d'aménagement des emplois du temps*. Il faut encore comprendre que le ministère fédéral de l'Éducation n'a pas « compétence » sur les écoles de l'enseignement primaire et secondaire. Ce sont donc les structures municipales et régionales qui ont acquis cette « compétence ». La porte était ouverte pour créer les sections bilingues francophones russes en terme administratif : une plate-forme pédagogique expérimentale est créée dans le but d'ouvrir une section bilingue francophone, avec accord des autorités éducatives régionales, au sein d'une école à enseignement renforcé du français.

Formation des enseignants et des cadres administratifs

Aucune étude valable sur les EERF elles-mêmes et leur implantation n'avait été menée à terme. Or, en l'absence de statistiques russes fiables, le travail de recensement a été assez long : définir avec certitude les vraies EERF existant en 2007, repérer les directeurs adjoints responsables de l'enseignement du français, les interroger sur leurs perspectives et les raisons qui les inciteraient à créer une section bilingue francophone (intérêts pour l'école, les professeurs, les élèves, les parents d'élèves, objectifs).

La première formation significative et marquante dans le processus de la création de ces sections a été une formation partagée CIEP-IUFM de Franche-Comté en janvier 2008. J'ai repéré une dizaine d'EERF particulièrement « prêtes » et bien formées et ai invité la directrice adjointe pour une formation au CIEP et un professeur de français ou de DNL (histoire, géographie, économie) du même établissement pour une formation à l'IUFM de Franche-Comté. Le groupe de 20 enseignants est rentré en Russie avec une excellente connaissance des « sections européennes » françaises. À tel point, d'ailleurs, que certains ont ouvert « une section bilingue francophone européenne » au sein de leur école, l'intitulé des sections n'étant uniformisé qu'au travers de la Charte du bilingue, passée entre direction d'école et ambassade de France à Moscou.

La participation au second séminaire, en Russie occidentale cette fois (Toula), de Danièle Houpert, directrice de l'IUFM de Poitou-Charentes, a apporté les bases qui pouvaient encore manquer : en termes simples : « Comment ouvrir une section bilingue francophone ? » Associée aux enseignements de Franck Le Cars (professeur de DNL histoire-géographie au lycée Joffre de Montpellier) et de Françoise Bonnet-Falandry de l'université Bordeaux III, le séminaire a confirmé les intentions de nombreuses directrices adjointes d'ouvrir une section, à la fois pour sauvegarder l'enseignement / apprentissage du français et pour attirer de nouveaux publics en créant une section « d'excellence ». Il faut encore savoir, à propos de « sections d'excellence » que les écoles privées russes ont bien mauvaise réputation et que même les couches sociales les plus aisées optent pour les écoles publiques en Russie. Offrir donc une filière d'excellence dans l'enseignement public, c'est s'attirer un public conscient que la maîtrise de plusieurs langues étrangères est un atout et une exigence du monde professionnel de demain.

Les deux derniers séminaires ont marqué une étape que j'appellerai « finale » dans le processus de création de ces sections avec la présentation par Guéorgui Jetchev (professeur à l'université Kliment Okhridski de Sofia et vice-président de la commission de l’Europe centrale et orientale de la FIPF) des lycées bilingues francophones en Bulgarie.

La charte

Une charte réglementant l'ouverture et le fonctionnement des sections bilingues francophones en Russie a été rédigée, soumise à l'approbation du MAEE, puis distribuée à des EERF la réclamant. Cette charte permet de fixer des exigences communes à toutes les écoles intéressées du pays. Les premières sections ont été créées en septembre 2008.

À ce jour, quinze EERF ont signé la charte et l'on compte huit sections bilingues francophones fonctionnant réellement. Le Lycée N° 171 de Saint-Pétersbourg dont la section bilingue francophone a été créée en 1994 par mémorandum a décidé de signer également la Charte du bilingue pour faire partie, au même titre que les autres, du jeune réseau des sections bilingues francophones de Russie.

Évaluation et suivi

Il va falloir suivre régulièrement et, plus encore lors des évaluations terminales en classe de 11e, le travail de ces sections. Une fiche signalétique annuelle a été mise au point. Elle sert à décrire en détails la vie de la section et permet également aux enseignants et directeurs de s'interroger sur les cadres et les formations nécessaires pour les années suivantes. Plusieurs outils doivent accompagner nos objectifs de communiquer les informations depuis l'ambassade et de constituer une plate-forme d'échanges : La Lettre aux écoles, lettre de diffusion mensuelle et le blog « carnet bilingue franco-russe », même si les blogs sont encore peu usités par le personnel enseignant de Russie.

Dans dix ou vingt ans…

Ces sections ressembleront beaucoup à la section existant au 171 de Saint-Pétersbourg : une section accueillant un grand nombre d'élèves, dans lesquels les enseignements en langue française seront plus nombreux que ceux préconisés dans la Charte du bilingue. Des sections qui connaîtront des centres de ressources informatisés indispensables au bon déroulement du cursus de ses élèves et un coin « orientation » indispensable à la poursuite d'études des élèves issus de ces sections.

Enfin, des cursus intégrés franco-russes plus nombreux encore qu'aujourd'hui leur seront proposés (cursus littéraires, scientifiques au sein même des universités russes) et les lycées possédant une Section internationale de russe (dont Valbonne) pourront accueillir les élèves issus de ces sections dès la fin de 11e pour une formation préparatoire aux études supérieures en France... Car l'un de nos problèmes, aujourd'hui, est de transformer en atout ce qui, actuellement, est une pierre d'achoppement : la scolarisation dans le supérieur d'un élève issu d'une section bilingue est un véritable parcours du combattant puisque l'obtention d'un visa pour mineur scolarisé n'est pas chose aisée. Or, un élève russe de 11e (terminale) en septembre, n'a que 17 ans…

Passage de témoin

Ma mission se termine et je suis satisfaite d'avoir atteint le premier objectif que je m'étais fixé : donner la possibilité aux écoles russes d'ouvrir une section bilingue francophone sereinement c'est-à-dire « avec l'accord des autorités éducatives ». Cela était, dans un premier temps, le cap le plus difficile à passer comme je l'ai expliqué plus haut. Ensuite, il fallait trouver un moyen d'uniformiser « la création et le fonctionnement » de ces sections et c'est par le biais de la Charte du bilingue, avec l'accord du ministère français des Affaires étrangères et européennes, que nous avons pu mettre au point la rédaction d'un texte adapté à la situation russe et à nos exigences. Depuis le séminaire de Toula, l'information sur ces sections est partie comme une traînée de poudre, cela a été réellement exaltant de voir comment, en quelques mois seulement, les enseignants, les proviseurs, rassurés de voir qu'ils allaient travailler en accord avec leurs autorités hiérarchiques, pouvaient se lancer dans ce projet. Il fallait donc, avant tout, établir la confiance. Dans le contexte russe, je suis convaincue que les relations interpersonnelles établies avec tous par le poste ont été essentielles dans la situation actuelle.

Mon successeur a du pain sur la planche... Les écoles continuent de frapper à la porte pour signer la Charte. Il faut désormais établir un réseau, par exemple à partir du réseau existant des alliances françaises (11 aujourd'hui) réparties sur tout le territoire, qui sera chargé, à partir du poste à Moscou, d'établir des relations privilégiées « Alliance française - Section bilingue francophone de l'école voisine ». En effet, la demande de « présence française » proche est forte et nous n'avons pas pu encore mettre au point un programme d'assistants de FLE en Russie (alors qu'un tel programme existe dans l'autre sens, nous envoyons plus de 40 jeunes assistants de russe en France tous les ans !) . Et l'attaché chargé de ce dossier ne pourra pas répondre à toutes les demandes de présence lors des évaluations (mise en place actuelle de tests d'entrée dans la section par certaines écoles, évaluations terminales dans quelques années). Or, cette présence française lors des évaluations est considérée comme LA garantie du bon fonctionnement et du sérieux de la section bilingue. |

(propos recueillis par courriel, le 11/05/09)

Note :

* Cf. Augustin Freinet, L'Ecole émancipée, n° 6, 1er novembre 1925, Mes impressions de pédagogue en Russie soviétique (I), p. 86-87.