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Les professeurs de français dans le projet « Classes bilingues de Moldova »

Dans les dispositifs d'enseignement scolaire bilingue, les études ont tendance à se focaliser sur les apprenants. Lorsque l'objet de l'étude devient l'enseignant, la recherche s'oriente principalement vers l'enseignant de langue. A l'heure où le Conseil de l'Europe se penche sur les langues de scolarisation, la langue peut être perçue comme matière ou comme des matières. C'est cette deuxième option qui retiendra notre attention, car les pratiques pédagogiques au sein des cursus bilingues, où le français peut être langue d'apprentissage mais aussi de scolarisation, impliquent une nécessaire collaboration entre les enseignants de langues et de disciplines non linguistiques (DNL) (Gajo, 2005). Il sera donc pertinent de voir comment les enseignants de français interviennent dans le processus de perfectionnement en langue des professeurs de DNL.

Avec ce court article, nous nous proposons d'aborder une facette des enseignants de français du projet « Classes bilingues de Moldova », celle d'assistant linguistique. Nous entendons par cette fonction, celle de soutien en langue française pour les enseignants de DNL.

Après un bref rappel du projet, nous aborderons dans un premier point le profil des enseignants de disciplines en français puis, dans un second, la manière dont les enseignants de français, dans leur rôle d'assistants linguistiques, interviennent auprès de ce public et la nécessité de leur appui.

Dès son commencement en 1998, le projet « Classes bilingues de Moldova » a fait le choix, en sus du français renforcé, d’étudier les sciences en français : les mathématiques, la biologie, la physique et la chimie. Aujourd'hui, dans les neufs établissements à classes bilingues, l'ensemble de ces disciplines scientifiques est enseigné, le corps professoral se répartissant quantitativement comme suit : biologie 12 ; chimie 13 ; mathématiques 24 ; physique 11. Ainsi, l'homogénéité de l'offre des disciplines en français souhaitée au départ, a été maintenue. Le revers de la médaille est que les professeurs de disciplines sont sélectionnés sur leur qualification scientifique et non linguistique.

Ce sont donc avant tout des enseignants spécialistes de leur discipline. Ils ont été recrutés sur ce critère unique. La connaissance de la langue française est une donnée accessoire. Surprenant donc, pour le recrutement de professeurs devant enseigner leur discipline dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas. La plupart d'entre eux, sinon tous, ont eu un contact avec la langue française qui remonte au lycée avec des apprentissages reçus dans les lycées à français renforcé puis, à l'université où leur apprentissage s'est résumé à deux semestres de quarante heures. Pour conclure, ces professeurs de DNL n’ont pas eu de formation initiale en langue française et abordent le projet « Classes bilingues de Moldova » avec des bagages linguistiques personnels très divers.

Cette configuration explique pourquoi une des priorités du projet a été, et reste encore, celle de la formation linguistique et pédagogique des enseignants de DNL. Cette dernière a été confiée à des assistants linguistiques en poste dans chaque établissement. Les enseignants de français remplissent ce rôle et cela depuis le début.

Les assistants linguistiques poursuivent deux objectifs généraux : former les enseignants des DNL à la maîtrise du français général, le niveau DELF B2 du Cadre européen commun de référence pour l'enseignement des langues étant visé, et, aider les enseignants des DNL à s’approprier le français de la discipline scientifique, outil de transmission de connaissances de leur discipline. Il est à noter que ces cours de langue sont obligatoires. A raison de six heures par semaine, ils sont répartis comme suit :

- trois heures de français général
- une heure de français sur objectifs spécifiques (FOS)
- deux  heures consacrées au suivi individuel.

Pour atteindre le premier objectif, étant avant tout enseignants de français, les assistants linguistiques ne rencontrent pas de difficultés.  Mais la connaissance du français général ne suffit pas à témoigner d’une bonne compétence linguistique pour l’enseignement de la discipline, un suivi individuel est assuré afin de mieux répondre aux besoins réels en formation.

Néanmoins, une méthodologie de type FOS est nécessaire, ainsi que des repères en matière de contenus langagiers spécifiques à enseigner. Cette démarche consiste « dans un premier temps à analyser les besoins linguistiques des élèves au sein de la classe de DNL. » (Mangiante, 2007). Ceci ne fait pas initialement partie des compétences des assistants, qui optent généralement pour des méthodes de type FLE. Voilà pourquoi, concernant le deuxième objectif, les assistants linguistiques ont été formés eux-mêmes. Pour aider les enseignants des DNL à s’approprier le français de la discipline scientifique, les assistants linguistiques apprennent aux enseignants des DNL à utiliser des documents issus de revues de vulgarisation scientifique axés sur la biologie, les mathématiques, la physique et la chimie. Ces documents sont ensuite « pédagogisés ». En effet, l’expérience montre qu’apprendre le français à travers des textes scientifiques peut aider les professeurs et élèves à appréhender plus facilement les discours de transmission de connaissances des DNL et à établir un lien plus directement visible entre l’apprentissage du français et son utilisation dans une autre matière et dans un autre but.

Toutefois, ce sont les documents-supports de travail qui soutiennent et retiennent le plus l’intérêt des apprenants-enseignants scientifiques : extraits de manuels et de revues de vulgarisation scientifiques ; les formulations et reformulations, etc. dont on peut faire des lectures hors contexte de façon systématique et régulière.

Outre le travail sur des articles de vulgarisation scientifique, on mène un travail sur des supports  non textuels, activités de classes qu’on peut retrouver dans les quatre DNL : observation de démonstrations, graphiques et figures pour les mathématiques, observations et réalisations d’expériences, dessins, graphiques, schémas et photographies pour la physique et la chimie, lecture guidée, dessins, maquettes, schémas, graphiques et photos pour la biologie.

Les assistants linguistiques jouent un grand rôle dans la formation des enseignants des DNL, c’est l’assistant linguistique qui aide le professeur de maîtriser de manière adéquate et efficace le français de leur domaine.

Comme le français sur objectifs spécifiques (FOS) est un sous-ensemble spécialisé du domaine plus large qu’est le français, les assistants linguistiques  travaillent sur les points suivants :

•    Le français de la discipline, le français langue d'apprentissage

•    Exploitation de documents à orientation scientifique

•    Rédaction/correction des fiches pédagogiques en sciences

Nous soulignerons que le travail des assistants linguistiques ne peut se faire in situ durant le cours de DNL comme cela est le cas dans certains dispositifs bilingues où « le français est utilisé par deux enseignants, l'un de français et l'autre d'une autre matière et dont la finalité est la construction de connaissances disciplinaires. » (Cavalli, 2008) Cette contrainte nous est imposée par les coûts économiques d'un tel dispositif que le Ministère de l'Education et de la Jeunesse de la République de Moldova ne peut prendre en charge. Le travail en amont assuré par les assistants linguistiques permet ce travail de déconstruction et de reconstruction des connaissances pour la transmission des savoirs.

A l'heure actuelle, nous orientons les enseignants de DNL vers la prise de conscience concernant les compétences langagières de leurs élèves et la nécessité d'apporter la réponse didactique adéquate par rapport à leur enseignement disciplinaire. Ces compétences sont assez bien décrites dans le curriculum de français pour les classes bilingues .

En conclusion, nous dirions que dans le contexte particulier de l'enseignement bilingue en République de Moldova, l'implication des enseignants de français dans leur fonction d'assistants linguistiques pour le perfectionnement linguistique et pédagogique des enseignants de DNL est la solution palliative à une situation qui n'est point idéale. Elle est nécessaire car, le rôle des enseignants de français, assure à la fois le renforcement linguistique des enseignants de DNL et contribue à une meilleure construction des discours de classe de sciences en français.

 

Serge Bellini et Claudia Visan

Mots-clés : Moldavie