À la lettre d'information
Aux flux RSSPourquoi aviez-vous fait le choix d’entrer dans un établissement bilingue francophone ? Était-ce votre décision ou davantage celle de vos parents ?
La décision était surtout celle de mon père, pour deux raisons. D’abord, il voulait m’envoyer dans un lycée bilingue hors de Sofia, avec un bon enseignement et une « bonne discipline » – et le lycée de Varna était réputé pour les deux. Ensuite, étant lui-même francophone et surtout germanophone, mon père pensait que le français allait mieux à une femme que l’allemand. Je n’avais pas le droit à la parole. Mon père s’est occupé des papiers, on m’a informé que j’étais admise et… je suis partie à Varna.
« Mon père pensait que le français allait mieux
à une femme que l'allemand »
Ces sections bilingues existaient-elles depuis longtemps à Varna ? Y avait-il une sélection particulière pour pouvoir s’inscrire dans une section bilingue ?
C’est en 1958 que la section française a été déplacée de Lovetch à Varna. Le lycée Joliot-Curie était le seul « lycée français » en Bulgarie et nous venions de toutes les régions de Bulgarie. Il n’y avait pas d’examen d’entrée au lycée Joliot-Curie, la sélection s’effectuait selon les résultats scolaires, la proportion filles / garçons (3 / 1), la parité des régions, l’attestation de « fiabilité » des parents (les enfants issus de familles d’anciens combattants étaient prioritaires).
Les cours de français et de DNL étaient-ils assurés uniquement par des enseignants bulgares ? Quels souvenirs gardez-vous de l’enseignement en français ?
Tous les cours de DNL (sauf les mathématiques, la géographie de la Bulgarie et l'histoire de la Bulgarie) et presque tous les cours de français étaient assurés par des étrangers francophones : Français, Belges, Suisses. Les autres matières étaient enseignées par les meilleurs professeurs de Varna.
« Il fallait écrire chaque mot, chaque conjugaison 100 fois »
Mes souvenirs : en classe préparatoire (en classe intensive* de français), il fallait écrire chaque mot, chaque conjugaison 100 fois, il fallait lire et écrire jour et nuit. En cours, et en dehors des cours, nous devions parler uniquement en français, si nous parlions en bulgare, nous risquions d’avoir des « points noirs » sur le tableau du lycée. Il fallait être les meilleurs à Varna, que ce soit pour les notes, le sport, le chant ou la danse.
Après les années passées au sein d’un établissement bilingue francophone, le fait de travailler dans un milieu francophone a-t-il été un choix, une évidence ou une coïncidence ?
Pure coïncidence. Au cours de toute ma vie j'ai travaillé avec le français, mais plutôt d'une manière passive – je traduisais des textes économiques pour les bulletins et les revues de l'Institut d'économie mondiale, pour lequel je travaillais. |
Roumiana Kovatcheva
(Propos recueillis pour le Billet du bilingue n° 41, mai 2008)