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Les fondations (2005-2008)

Françoise Tauzer-Sabatelli a été responsable jusqu’en août 2008 de la coopération linguistique et éducative au Portugal. Elle a été en charge à ce titre des sections européennes au moment de leur mise en place. C’est pourquoi nous lui avons demandé de revenir sur cette période charnière.

Quel était le contexte quand vous êtes arrivée ? Dans un premier temps, il vous a fallu établir des règles de bonne coopération – de bonne conduite presque – entre le Portugal et la France. En quoi cela a-t-il permis de débloquer la situation ? Plus généralement, quelles sont les étapes obligées quand on met en place des sections européennes sur le plan institutionnel ?

Quand je suis arrivée au Portugal comme attachée de coopération éducative (en septembre 2005), il existait des sections européennes francophones dans deux établissements scolaires : le collège-lycée Garcia de Orta à Porto (depuis 2003) et le collège Mario Berão de Beja (depuis 2005). Ces sections européennes avaient été encouragées par nos services.

Je me suis vite aperçue que ces sections européennes étaient presque « clandestines » au niveau national, ou du moins mal perçues par le ministère de l’Éducation car elles n’avaient pas été mises en place dans un cadre négocié.

Le déclic

J’ai eu la chance d’arriver à un moment où l’on retravaillait le texte du protocole de coopération éducative franco-portugais qui a été définitivement signé en avril 2006. Nous avons pu ainsi prévoir leur création et leur développement dans un contexte institutionnel très encadré : expérimentation sur trois ans, limitation à un ou deux établissements par la direction régionale de l’Éducation (DRE), adhésion à une maquette définie par une circulaire ministérielle, suivi très méticuleux effectué conjointement par les DRE et la direction de l’innovation et du développement curriculaire du ministère de l’Éducation (DGIDC), en concertation avec l’équipe de coopération linguistique et éducative de l’ambassade de France qui apporte son soutien en matière de formation et de documentation.

« Le texte du protocole de coopération éducative franco-portugais
a été signé en avril 2006. Ensuite, tout s’est passé très vite
car la confiance était rétablie »

Ensuite, tout s’est passé très vite car la confiance était rétablie : le ministère nous a demandé de les aider à identifier des projets de sections européennes francophones (SEF) et nous avons pu recueillir une vingtaine de propositions. Le ministère a sélectionné sept établissements la première année et sept nouveaux établissements la deuxième année, ce qui nous a permis d’avoir un rôle très important, mais en respectant toujours une très étroite concertation institutionnelle qui donne le rôle moteur au ministère portugais, ce qui est parfaitement normal.

Mon conseil est donc de ne pas encourager d’initiatives locales auprès des professeurs de français et des établissements scolaires, sans s’être inscrit au préalable dans une négociation institutionnelle, même s’il est utile en même temps de sensibiliser les communautés éducatives aux vertus de l’EMILE* (Enseignement de matières par l’intégration à une langue étrangère).

Pour ce qui est de l’organisation des enseignements, y a-t-il un modèle à suivre ? Les responsables des sections européennes au Portugal ont-ils pris exemple sur ce qui se faisait ailleurs ? En quoi la situation était-elle spécifique ?

À mon avis, c’est le système éducatif local qui doit trouver son propre modèle. Le rôle de la coopération éducative est d’informer et non pas de transférer ou d’imposer des modèles existants. Dans le cas du Portugal, nous avons organisé la mission de trois responsables éducatifs aux Rencontres de Prague sur l’enseignement bilingue en octobre 2005, de manière à ce qu’ils puissent voir les différents modèles présentés par les différents systèmes éducatifs européens. Nous avons ensuite organisé régulièrement des journées de formation où nous avons invité des responsables de la Commission européenne, des responsables éducatifs français et des experts.

« Le rôle de la coopération éducative est d’informer
et non pas de transférer ou d’imposer des modèles existants »

Le ministère portugais a conçu son modèle d’expérimentation en fonction de son contexte organisationnel et financier et de sa culture éducative : traiter partiellement en langue française les programmes portugais des DNL choisies, ne pas utiliser plus de deux DNL par classe, renforcer l’horaire de français en l’intégrant dans le curriculum, autant de mesures tout à fait raisonnables.

Un contexte favorable

Les sections européennes francophones ont bénéficié au Portugal de quatre atouts importants :

  • la présence dans les établissements de professeurs de DNL francophones, enfants d’émigrés en France ou dans des pays francophones, dits « lusodescendants » ;
  • la présence de professeurs de français formés et très dynamiques (comme au collège d’Espinho) qui ont immédiatement souhaité développer ce type de projet. Ce sont ces enseignants (professeurs de DNL et professeurs de français dynamiques) qui ont convaincu les instances de direction des établissements ainsi que les parents d’élèves ;
  • le fait que ces sections étaient pionnières puisque aucune autre langue étrangère n’avait développé ce projet ;
  • le fait que cette expérimentation a été initiée dans le cadre d’une législature où le ministère de l’Éducation mène une politique volontariste de réformes et d’innovations.

Pour parler des sections européennes, on peut adopter le point de vue du chef d’établissement, des professeurs, des élèves, des parents... Dans les rencontres que vous avez pu avoir, qu’avez-vous retenu des attentes des uns et des autres ? Ont-ils eu leur mot à dire pendant cette phase d’expérimentation ?

Pour que ce type de projet soit cohérent dans le cadre d’un système éducatif donné, il faut que toute la communauté éducative soit impliquée : cadres éducatifs nationaux, régionaux et locaux, instances de direction, enseignants, élèves, parents...

Il faut aussi que ce projet soit diffusé par les médias comme innovant et valorisant (au Portugal, nous avons appuyé l’excellente initiative des enseignants coordinateurs qui ont organisé une fête mémorable des SEF, en présence des autorités et de la presse1). Nous avons été surpris d’entendre le secrétaire d’État à l’Éducation venir dire aux professeurs de français réunis dans leur congrès annuel en octobre 2007 que cette modalité d’enseignement était vraiment innovante et qu’elle devait être étendue. Nous avons aussi été très satisfaits d’entendre la directrice adjointe de la DGIDC nous dire en juillet 2008, deux ans après le début de l’expérimentation, que toutes les conditions étaient réunies pour la valider dès la fin du premier trimestre 2008-2009, afin de pouvoir promulguer un décret en mars 2009 qui permette aux SEF d’être définitivement institutionnalisées à partir de la rentrée 2009.

« Tous les acteurs de la communauté éducative sont conscients
des avantages de ces sections »

Par ailleurs tous les acteurs de la communauté éducative sont très vite conscients des avantages de ces sections et leur réputation se répand très vite (cf. Le français dans le monde n° 356 de mars-avril 2008) : apprentissage de la langue étrangère plus motivant et plus efficace, meilleure compréhension de la matière expliquée dans le cadre de différentes optiques méthodologiques, fierté d’appartenir à une initiative européenne innovante, dynamique d’échanges dans le sillage de la SEF, développement de la citoyenneté européenne et de l’interculturalité.

Diriez-vous que ces sections font maintenant partie du paysage éducatif au Portugal ? Sont-elles suffisamment implantées ? Et qu’attendez-vous d’une généralisation de ce dispositif en 2009 ?

Un dispositif qui reste fragile

Comme tout type de projet éducatif, ces sections sont fragiles pour deux raisons :

  • d’abord, parce qu’elles dépendent des politiques éducatives liées à une législature qui se termine en juin 2009 : une vigilance maximale s’impose donc au cours de cette année scolaire qui sera capitale pour l’avenir du projet ;
  • ensuite, parce que ces sections sont souvent liées à des personnes, à des personnalités dynamiques, surtout en période d’expérimentation : il convient donc de les suivre attentivement avec le maximum de moyens de coopération pour les pérenniser.

En conclusion, le Portugal a un potentiel énorme dans ce domaine à condition de persévérer dans sa volonté d’innovation d’une part et d’autre part à condition que les services français continuent à considérer qu’il s’agit d’un projet phare de la coopération culturelle, à articuler avec le développement des certifications en français, autre projet phare lancé en 2007-2008 à grande échelle. |

Françoise Tauzer-Sabatelli
(Propos recueillis par courriel le 10/11/08)

Note :

1. À Tocha, en avril 2008.

Mots-clés : Portugal