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Aux flux RSSAux États-Unis, les parents d'élèves sont le moteur du développement des sections bilingues. Attirées par les programmes bilingues, les familles de classe moyenne se tournent à nouveau vers les écoles publiques, après les avoir longtemps délaissées. Fabrice Jaumont, attaché linguistique à New York, l’a constaté.
Je suis impliqué à divers niveaux dans les programmes bilingues ou d'immersion aux États-Unis depuis 1997. J'en ai vu certains naître, d'autres disparaître. Je suis toujours ébahi par ces structures où petits et grands communiquent en toute liberté dans deux langues ou parfois plus.
La langue française est une langue d’immersion privilégiée car elle a été choisie comme la langue cible du programme d'immersion de 38 comtés ou districts scolaires aux États-Unis1. C’est près d’une centaine d’écoles publiques, 12 000 élèves, 600 enseignants et assistants qui sont ainsi concernés. Les programmes d’immersion en français forment les futurs effectifs des lycées français, des départements d’études françaises, des alliances françaises, des chambres de commerce franco-américaines, etc. Le développement de ces programmes ne peut qu’être bénéfique à la présence du français dans ce pays.
En quoi la situation à New-York est-elle spécifique ?
Depuis 2005, de nouveaux programmes en langue française se sont consolidés dans les écoles publiques sous l’impulsion de plusieurs partenaires français, francophones et francophiles, offrant aux familles francophones une alternative économe et un plus grand choix pour scolariser leurs enfants. Le gouvernement français, par le biais du service culturel de l’ambassade de France, les fondations américaines comme le French-American Cultural Exchange Council (FACE) et la Alfred & Jane Ross Foundation, ainsi que l’association de parents francophones Éducation française à New York (EFNY) ont particulièrement compris ces enjeux et ciblé leurs actions sur les écoles publiques de la ville. Le service culturel, notamment, fournit des livres scolaires et propose des formations aux professeurs, tout en offrant de l'assistance logistique et financière aux écoles. L’association de parents EFNY assure un rôle de ralliement et de porte parole pour les familles francophones. Ses nombreuses activités ont permis d’ouvrir des brèches importantes dans un système public parfois peu sensible aux besoins des familles francophones. La fondation Alfred & Jane Ross apporte son soutien financier et son expertise dans le développement de programmes innovants. De nouveaux partenaires se joignent peu à peu à cette initiative : la Délégation générale du Québec, l’association des Sénégalais d’Amérique (ASA) et plusieurs membres actifs de la communauté haïtienne.
Un article publié en mars sur le site du Daily News rendait compte des effets de l'implantation d'une section bilingue à Brooklyn. La création d'une section francophone peut-elle avoir un réel impact à l'échelle locale ? Quels sont les bénéfices que peut attendre un établissement de l'ouverture d'une section bilingue francophone ?
À l'échelle locale, on se rend compte de la formation de villages francophones autour de ces écoles. C'est saisissant. À Brooklyn, le quartier de Carroll Gardens connaît même une hausse des coûts de l'immobilier alors que nous sommes en pleine crise économique. Pour certaines écoles, surtout les plus défavorisées, l'objectif est de diversifier la population de l'école en attirant des familles francophones ou francophiles. On se rend compte aussi que des familles de classe moyenne reviennent vers les écoles publiques qui proposent un programme bilingue français-anglais après avoir boudé le système public pendant des années.
Une révolution silencieuse
Sélection d’articles, interviews et reportages :
- France-Amérique : « Jean-Pol d. Franqueuil visiting Dual-Language Classes in Public Schools »
- France-Amérique : « PS.151 in Queens open its door to French Dual-Language Program »
- French Morning : « New York Charter School en français »
- Washington Times : « Dual-language classes give U.S. an edge »
- ABC News : « A Focus on French in some NYC schools »
- USA Today : « Two-tongued teaching gains ground in US »
- Babble.com : « Bilingual Education Si or Non? »
- Washington Post : « Two-tongued teaching »
- Le Figaro : « Des livres français pour les écoliers US »
- New York Times : « French Gains Foothold on New York City's Dual Language Map »
- New York Daily News : « PS 58 and the Carroll Gardens French Community »
- AfterEd TV : « PS 58 and dual language programs » (vidéo)
- CUNY TV : « French Heritage Language Program » (vidéo)
- TF1 20 h : « Première maternelle franco-américaine à New York » (vidéo)
- Radio Canada : « L’école n° 58 de Brooklyn » (interview de Fabrice Jaumont)
Dans certains établissements à New-York, il semblerait que les parents soient régulièrement mis à contribution (sondages, rencontres, etc.) ? Qu'en est-il exactement ?
Les parents sont le moteur de cette révolution silencieuse, sous leur pression, les directeurs d'école acceptent d'ouvrir des programmes. On les retrouve derrière l'ouverture de classes bilingues ou d'autres formes de programmes. Des programmes extrascolaires, par exemple, sont proposés par des parents d’élèves de l’association EFNY (Éducation française à New York) dans plusieurs écoles publiques. L’association a été officiellement constituée en 2005 à l'initiative d'un petit groupe de parents français attachés à la culture et à la langue françaises et désireux de partager cette langue avec leurs enfants et de leur offrir des options éducatives pratiques et abordables (face aux coûts exorbitants des lycées français privés). Sous la forme de cours du soir ou après l’école (after school), ces classes payantes prennent place dans des écoles publiques de la ville et sont entièrement gérées par des parents bénévoles sous la direction du comité FLAM. Ces programmes bénéficient d’une subvention du gouvernement français (FLAM, Français langue maternelle) obtenue par EFNY. Les écoles publiques mettent les classes à la disposition d’EFNY gracieusement. Ces facteurs (coordination bénévole par EFNY, gestion par parents bénévoles, locaux gratuits, subvention FLAM) permettent de garder les coûts au plus bas2.
Ce programme sert approximativement 120 élèves majoritairement français. Un comité de travail composé de parents et de spécialistes travaille activement à la création d’une école à charte (Charter School) dans laquelle un élève pourrait suivre toute sa scolarité en français.
Plus généralement, pour les sections existantes, quel type d’actions est-il possible d’entreprendre pour faire connaître ces sections et les faire évoluer ?
Dans mon rapport de 2001, j'avais essayé de faire quelques propositions. Au niveau de la Coopération internationale et du Développement, la mise sur pied d'une stratégie de subventions à grande échelle des programmes d'immersion, du même type que celle établie pour les Centres pluridisciplinaires (17 universités américaines bénéficient actuellement de subventions du MAE dans ce cadre), répondrait aux attentes d'une nouvelle catégorie de francophiles qui vouent un amour profond pour la langue française qu'ils maîtrisent depuis leur plus tendre enfance. L'impact de tels fonds, qu'ils soient de consolidation de programmes existants ou de création de nouveaux programmes peut faire pencher les décisions en faveur du français, surtout celles d'administrateurs locaux. Un tel effort pourrait renverser la tendance et avoir un effet catalyseur sur la propagation de la langue française dans les programmes d'immersion et au-delà. Aujourd'hui, je pense que nous devrions investir massivement dans ce secteur avec des incitations financières pour l'ouverture de programme français-anglais dans les écoles primaires. C'est par là que, à mes yeux, le français gagnera du terrain aux États-Unis.
Dans les établissements qui ne possèdent pas de sections bilingues, savez-vous si certains enseignants pratiquent l’enseignement bi-plurilingue dans leur classe, même de façon occasionnelle ?
Le programme Heritage se rapproche le plus de ce type d'enseignement. Ce programme, piloté par l'ambassade de France en partenariat avec la Fondation Alfred & Jane Ross, offre des cours de français aux enfants de familles francophones, souvent récemment immigrées aux États-Unis. Le programme French Heritage Language a été créé afin de promouvoir et d’enrichir l'enseignement dit d’héritage de la langue française et d’encourager l'apprentissage de la langue française et des cultures francophones par les élèves d'origine francophone dans les écoles publiques de New York. L'objectif premier du programme est de favoriser le bilinguisme en aidant les élèves à maintenir ou développer de solides compétences en français et à pérenniser les liens qu'ils entretiennent avec les cultures francophones, tout en augmentant leurs chances de réussite et d'intégration aux États-Unis. À travers l'épanouissement identitaire, linguistique et professionnel que ce programme souhaite promouvoir, la langue française et ses cultures se trouvent renforcées au sein des familles et partout où se déplaceront ces futurs adultes.
À New York, ce programme est actuellement proposé à 110 élèves sur six sites3. Il propose également un camp d’été intensif ouvert à tout jeune francophone pendant le mois de juillet qui permet de parler et d’écrire en français au travers d’activités ludo-pédagogiques. Le camp d’été propose des visites dans les musées d’art et les institutions francophones, des activités récréatives et sportives, des rencontres avec des étudiants d’université et des professionnels francophones, des ateliers d’art, de théâtre, de danse et d’écriture, et des films francophones. Un voyage d’une semaine au Québec est également offert à un coût très réduit pour les familles. Le programme French Heritage Language a également pour vocation la création de ressources pédagogiques spécialement adaptées à l’enseignement du français « langue d’héritage », utilisées dans le cadre des classes new-yorkaises et mises à la disposition de tout enseignant de français grâce au site internet du programme. |
Fabrice Jaumont

« Fabrice Jaumont, the cultural attache at the French Embassy in New York, leaves the Embassy's elegant Fifth Avenue building with boxes of educational material for the Jordan L. Mott Middle School in the Bronx on Thursday, Aug. 30, 2007. The French embassy is providing support for a progressive French language program at the school, which is located in one of the city's poorest neighborhoods. »
(Propos recueillis par courriel le 23/04/09)
Notes :
1. Chiffres tirés d’un rapport de 2001.
2. Voici la liste des écoles qui proposent ce type de programmes : PS234 (Tribeca), PS70 (Astoria - Queens), PS41 (Greenwich Village), PS363 (East Village), PS58 (Carroll Gardens), PS10 (Park Slope), PS59 (Midtown East), PS 84 (Upper West Side), PS 183 (Upper East Side).
3. Manhattan International High School (Upper East Side) ; Brooklyn International HS ; Bronx International HS, International HS at Prospect Heights (Brooklyn), International HS at Lafayette (Brooklyn), International Community HS (Bronx).
Illustration : Fabrice Jaumont, AP Photo