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La "langue franque", ou lingua franca, a servi dans le passé de langue de communication entre les deux rives de la Méditerranée avant de disparaître progressivement, mais pas entièrement, du paysage linguistique et de notre conscience. Selon l’historienne Jocelyne Dakhlia, directrice d’études à l’EHESS, qui était l'invitée d'Abdelwahab Meddeb ce dimanche sur France culture, si cette "langue de personne", qui possèdait un minimum d’éléments syntaxiques qui lui étaient propres, n’est jamais devenue une langue maternelle, la langue d’un groupe en particulier, les locuteurs avaient bien, du XVIe au XIXe siècle, le sentiment d’utiliser un "outil linguistique spécifique".
Il ne s’agit donc ni d’un créole, ni d’un pidgin. Si elle reste liée au "sabir", c’est sans doute par analogie. On y avait recours lorsque l’on cherchait à s’adresser à un étranger, avec lequel on n’avait pas d’autres langues en commun.
Jocelyne Dakhlia s’est intéressée à cette langue après avoir été frappée par la présence de nombreux termes d’origine latine dans les langues qui se parlent aujourd’hui au Maghreb. Avant même la colonisation, tient-elle à rappeler (voir aussi son article dans La pensée de midi), certaines situations, conflictuelles ou non, étaient propices aux échanges - cette langue s’est développée notamment pendant les périodes de captivité - et le phénomène de l’intercompréhension des langues était une réalité. La Méditerranée toute entière a connu ce type de métissage.
La langue franque n’est donc pas un mythe. Molière, dans Le Bourgeois gentilhomme, ou Rousseau en attestent à leur façon. Et certains mots en français, comme le mot auberge, peuvent être considérés comme de langue franque.
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