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L’implication des autorités locales

Depuis une dizaine d'années, les sections bilingues francophones ont connu un développement exponentiel en Espagne. Pour Pascal Sanchez, attaché de coopération éducative en Espagne, l'implication des autorités éducatives locales constitue un facteur essentiel de ce succès.

Les premières sections bilingues francophones ont été ouvertes en 1998 en Andalousie. Pourquoi cette région ? Quels ont été les initiateurs de l'ouverture de ces premières sections ?

C’est un ensemble de facteurs convergents qui ont permis que se développent les premières sections bilingues d’Espagne en Andalousie, une communauté autonome monolingue, sans doute plus réactive que d’autres à l’époque sur la question de la formation initiale aux langues étrangères en raison de son histoire, de sa localisation (le « sud »), de sa situation économique plus fragile et ayant conscience de la nécessité d’investir dans le domaine de l’innovation pédagogique. Comme toujours, c’est également une affaire d’hommes et de femmes impliqués dans des projets de coopération éducative et qui ont su convaincre les autorités locales de l’intérêt et de l’originalité de la démarche pédagogique.

Dix ans seulement après l'ouverture des quatre premières sections, l'Espagne compte désormais 275 sections bilingues francophones sur l'ensemble du territoire : quels sont les facteurs qui ont permis une expansion si rapide ?

De nombreux pays européens ont mis en place des dispositifs visant à améliorer considérablement les apprentissages linguistiques des élèves. L’Espagne n’échappe pas à ce phénomène qui s’inscrit dans le contexte des directives européennes en faveur du plurilinguisme. Mais dans ce cas précis, la constitution espagnole et le régime des autonomies ont sans aucun doute favorisé le développement d’un modèle qui est apparu d’emblée comme innovant et répondant aux préoccupations des parents d’élèves soucieux de voir leurs enfants capables de s’exprimer vraiment en langue étrangère. Et c’est essentiellement dans les communautés monolingues (Andalousie, Aragon, Galice, Murcie, les deux Castilles, la Cantabrie, etc.) que le programme va s’étendre fortement. Cette expansion correspond également à la période de reconquête de la langue française en Espagne qui, après avoir connu un âge d’or jusqu’à la fin des années 1970, a vu son image et son enseignement pratiquement disparaître puisque nous passons de 2,5 millions d’apprenants en 1975 à moins de 300 000 au début des années 1990. Un gros effort en termes de moyens financiers et humains de la part de la coopération française a permis de mobiliser tous les acteurs susceptibles de pouvoir accompagner ce regain d’intérêt pour notre langue, regain d’intérêt qui correspond également à la montée en puissance des investissements français en Espagne, principalement dans le secteur des services, générateurs d’emplois. Le programme des assistants de langue a contribué également à consolider le dispositif.

Pouvez-vous nous préciser le rôle des autorités éducatives locales dans le développement des sections bilingues en Espagne ?

Il est évidemment essentiel en Espagne compte tenu des compétences des communautés autonomes en matière de politique éducative qui peut aller jusqu’à 45 % des contenus des programmes dans le cas des communautés bilingues (35 % dans le cas de communautés monolingues comme l’Andalousie). Le programme des sections bilingues porté par la coopération française est principalement financé par les communautés autonomes, le soutien de la coopération portant sur la formation des enseignants et sur un appui documentaire. Un autre élément important réside dans le fait que l’Espagne bénéficie encore d’importants fonds européens qui lui permettent de financer des programmes de formation permanente et de mobilité.

Quelles sont les prochaines grandes étapes du développement de ces sections ?

Le développement des sections bilingues va se poursuivre, notamment dans les communautés bilingues où ce programme est encore pilote. En Catalogne, demain dans la communauté de Valence ou aux Canaries, les sections bilingues vont pousser, en concurrence désormais avec d’autres langues, principalement l’anglais et dans une bien moindre mesure l’allemand (aux Canaries ou aux Baléares notamment). Nous serons cependant confrontés très vite non plus à la question du bi mais du trilinguisme, la demande de maîtrise de trois langues vivantes européennes se faisant chaque jour plus pressante (la seconde langue vivante européenne est aujourd’hui optionnelle dans le système éducatif espagnol). Cela permettra d’asseoir la position du français qui est aujourd’hui la seconde langue vivante enseignée en Espagne.

Le développement des sections bilingues francophones a-t-il servi d'exemple à la mise en place de sections bilingues dans d'autres langues ?

Le paradoxe c’est que ce modèle sert aujourd’hui majoritairement le développement de sections bilingues espagnol/anglais. L’anglais est la première langue vivante européenne apprise en Espagne. Il existe également un petit nombre de sections bilingues espagnol/allemand.

Comment le recrutement et la formation des professeurs des sections bilingues sont-ils gérés en Espagne ?

Les communautés autonomes les plus mobilisées sur le bilingue sont confrontées à la difficulté de trouver du personnel enseignant pour les disciplines non-linguistiques (DNL). Même si le niveau des enseignants de langue n’est pas toujours homogène, il existe un vivier relativement bien formé pour l’enseignement de la langue. En revanche, la formation en langue française des enseignants d’autres disciplines représente un enjeu fondamental pour les autorités éducatives et la coopération française. De la capacité des principaux acteurs à répondre à ces besoins dépend sans aucun doute l’avenir du programme. Les communautés autonomes font de gros efforts en direction de la formation des enseignants afin de leur permettre d’intégrer ce programme. De même la coopération française a-t-elle fait de ce dossier une priorité de sa politique linguistique et éducative.

Quelles sont les principales matières enseignées en français ? Pourquoi ce choix ?

Au plan national, l’histoire/géographie arrive en tête avec 22 % du total, ensuite nous avons les SVT (16 %), puis les mathématiques (14 %), l’EPS (9 %), la musique et les arts plastiques (7 %), la technologie (5 %), la physique/chimie et la philosophie (3 %).

L’histoire-géographie constituait dès le départ une matière « idéale » pour ce type de programme puisqu’elle véhicule des valeurs communes et qu’elle sollicite fortement les quatre compétences. C’est d’ailleurs l’histoire qui a été retenue comme matière d’évaluation avec la langue et la culture littéraire pour l’accès à la double certification de fin d’études secondaires (BachiBac) qui se mettra en place dès la rentrée 2010. Les matières scientifiques sont également parmi les plus enseignées en français, parce qu’elles nécessitent un travail sur la langue le plus précis et le plus rigoureux possible.

Les choix se font également parfois par défaut car ils sont conditionnés par le vivier de locuteurs français au sein de l’établissement.

En Espagne, l'apprentissage d'une langue étrangère a été rendu obligatoire à partir de l'âge 3 ans depuis la rentrée 2008-2009. Cette mesure aura-t-elle des conséquences sur le développement des sections bilingues à l'école primaire ?

En Espagne, tout comme en France, l’enseignement est obligatoire à partir de 6 ans. L’apprentissage d’une langue étrangère en Espagne est donc obligatoire à partir de la première année de l’éducation primaire (6 ans). La Loi organique de l’éducation de 2006 recommande cependant l’introduction d’une langue étrangère sous un angle communicatif à l’école maternelle sans plus de précision.

Certaines communautés autonomes ont donc lancé des programmes innovants de sensibilisation aux langues étrangères en maternelle mais cela relève de la politique mise en place par le gouvernement de la communauté autonome et n’a aucun caractère obligatoire. La communauté de Madrid est pionnière dans ce domaine mais avec un programme entièrement orienté vers l’anglais. Le français ne serait introduit dans un deuxième temps que comme deuxième langue vivante européenne à partir de la cinquième année de l’éducation primaire. Il existe d’autres expériences plus modestes dans d’autres communautés, principalement orientées vers l’anglais.

Nous accompagnons cependant avec beaucoup d’intérêt une initiative lancé encore une fois en Andalousie depuis peu avec le département d’éducation. Cinq nouvelles sections « plurilingues » viennent d’être ouvertes dont quatre en collèges et une au primaire qui proposent un enseignement espagnol / anglais / français avec 4 h de langue anglaise et 4 h de langue française et l’enseignement d’une DNL en anglais et en français. Affaire à suivre… |

Pascal Sanchez

(propos recueillis par courriel, le 26/05/09)