Pour commencer il faut dire que l’enseignement bilingue est bénéfique pour plusieurs raisons. Entre autres c’est la maîtrise de la langue étrangère mais aussi celle de la langue maternelle. Il apporte également de précieux avantages sur le plan des méthodes de travail et de l’émergeance d’une citoyenneté européenne.
L’organisation de l’enseignement du français
Dans les sections bilingues franco-slovaques l’enseignement du français se fait de manière suivante: en première année du cursus bilingue l’enseignement intensif du français langue étrangère est dispensé à raison de 20 heures par semaine. Cet enseignement est dispensé par des professeurs de français slovaques et un lecteur francais. De la deuxième à la quatrième année le français est enseigné comme une langue seconde en vue de préparer les élèves à la maturita de français ce qui correspond à l’épreuve du baccalauréat de français en France.
La sélection des élèves
Les élèves qui suivent le cursus bilingue franco-slovaque sont sélectionnés selon les critères de capacité intellectuelle et de réussite scolaire préalable. Ils doivent passer un examen de slovaque et de mathématiques ainsi qu’un test psychotechnique. Cette sélection est très importante car elle permet de constituer des classes plutôt homogènes par rapport aux autres classes du lycée qui sont plutôt hétérogènes. Ceci facilite le travail de l’enseignant et permet de suivre un rythme de travail régulier.
Le climat en classe de langue
La tâche du professeur de français est facilitée par le fait que les élèves sont très motivés. Dès le début s’établit un climat de confiance entre l’enseignant et les apprenants ce qui est favorable à l’enseignement. Les jeux de rôle permettent aux élèves de s’intégrer assez vite dans le groupe. Le professeur recourt rarement à la langue maternelle et les élèves doivent comprendre les nouveaux mots dans le contexte. La communication entre les élèves est favorisée par la disposition des tables en demi-cercle donc les élèves se voient et s’entendent facilement.
Les objectifs de l’enseignant dans la classe
Les objectifs facilitent l’évaluation car s’ils ont été atteints ils permettent l’ évaluation de l’apprenant et de la méthode. Il faut faire la différence entre les objectifs généraux et les objectifs de chaque cours. Les objectifs généraux que chaque enseignant de FLE doit avoir : - Déveloper les savoir, savoir-faire et savoir-être des apprenants. - Les inciter à mobiliser leurs connaissances, un certain savoir pour les amener à réfléchir en français. - Remédier à certains manques et besoins identifiés. - Inscrire le FLE dans un cadre actuel et vivant. - Valoriser les différents types de supports (articles de presse, tableaux, statistiques, chansons, publicités, B.D., films, …) - Développer le goût de la langue et de la culture orale et écrite. - Valoriser les apprenants.
Le début de la formation
Le début est très important. D’une part les apprenants découvrent leurs professeurs et ils se découvrent eux-mêmes. Il faut donc mettre les élèves à l’aise. Dans cette première phase, les élèves se présentent et s’ intéressent aux autres. Cela permet d’instaurer un climat de confiance, une certain intimité profitable pour développer l’apprentissage. Il faut donc prendre contact avec le groupe sur le registre affectif. Les interactions doivent se réaliser dès le début de l’enseignement et elles doivent être organisées et gérées par le professeur. L’enseignant sollicite les capacités de déduction et de découverte de l’apprenant. Il anime les interactions au sein de la classe.
L’enseignant en classe de langue
Dès le début l’enseignant pousse l’apprenant à comprendre naturellement sans passer par la traduction dans la langue maternelle. Pour cela il faut recourir aux gestes, au tableau… Ainsi l’élève s’habitue à l’intonation, il essaie de comprendre les mots dans leur contexte. Au tout début, l’apprenant peut être un peu déstabilisé en ne comprenant pas tout mais au fur at à mesure il s’habitue et bientôt la communication en langue étrangère lui paraît naturelle. En français, en particulier, plusieurs problèmes surviennent: l’élève doit réaliser la différence entre plusieurs niveaux de langue: soutenu, standard et familier. Pour les élèves slovaques se pose aussi le problème de l’utilisation de l’article qui n’existe pas en slovaque et donc les élèves l’oublient souvent. L’enseignant de FLE doit rendre la langue française intéressante, la rendre associée à des choses plaisantes. Il doit: - écouter avec un véritable intérêt quand l’apprenant lui parle et il doit s’ intéresser à lui - être disponible et patient - varier les textes (chansons, films, poèmes) - exposer ses apprenants aux jeux, aux émissions télévisées, aux extraits de films,… - utiliser des éléments de cultures française et francophone - faire de petites entrevues en enregistrant la voix sur cassette pour évaluer
Formation et statut des professeurs de français
Les enseignants slovaques ont tous une formation de français langue étrangère. Pour enseigner à des niveaux supérieurs ils bénéficient d’un stage méthodologique (stage CIEP) et de stages de pratique accompagnée effectués auprès d’un collègue dans un lycée en France. Chaque lycée bilingue franco-slovaque bénéficie au moins d’un lecteur natif. Les lecteurs coopèrent au sein de chaque section avec les professeurs slovaques. Contacts et échanges. Chaque section bilingue franco-slovaque a un établissement partenaire. Les échanges scolaires font partie intégrante du projet d’ apprentissage de la langue française. Notre section organise annuellement l’ échange avec les élèves de 2e du lycée Jean-Pierre Vernant de Sèvres qui est notre lycée d’appariement. Dans le cadre de l’échange on organise le séjour d’une semaine pour élèves français en Slovaquie et vice versa donc les élèves slovaques sont accueillis par les Français. Ces contacts sont très importants non seulement pour les élèves, confrontés souvent pour la première fois avec les réalités des pays visités, mais aussi pour les enseignants qui peuvent échanger avec leurs homologues.
Le francais – langue d’ apprentissage
A partir de la deuxième année le français devient le moyen, au même titre que la langue maternelle, pour suivre l’enseignement des disciplines scientifiques en français. Souvent les problèmes linguistiques émergent pendant les cours des matières scientifiques, des problèmes qui ne peuvent pas être traités en tant que tels pendant les cours de specialité et qui devront alors impérativement être pris en compte pendant les cours de langue ; d’où l’impérative nécessité de collaboration étroite entre enseignant de sciences et celui de langue française. Le travail d’équipe est dans ce cas-là essentiel. L’enseignant de langue devra, par exemple, faire travailler les élèves sur les exercices conçus pour résoudre certaines difficultés récurrentes (expression du temps, de la cause, de la conséquence,…). Cette collaboration doit aussi viser à influer sur la maîtrise des outils langagiers, sur la fluidité du discours et la mise en place de certains automatismes pour faciliter la concentration sur les opérations intellectuelles comme trier les informations, les classer, les hiérarchiser, passer du singulier au général pour améliorer le processus de conceptualisation. En cours des disciplines scientifiques, l’apprenant va développer sa connaissance de la langue spécifique à la discipline en utilisant des documents caractéristiques (tableaux, représentations graphiques, diagrammes,…), en faisant des exercices propres à cette matière (résumes, synthèses, descriptions, comptes-rendus d’expériences,…) et, du fait même de l’importance de bien réaliser les exercices demandés et donc de bien comprendre la consigne, l’apprenant sera plus attentif à la signification de l’énoncé. Pour promouvoir cette attention à la signification de chaque mot, on essaie de déveloper la capacité à rédiger des paragraphes raisonnés pour répondre à une question précise, à construire un discours, une démonstration, à faire des confrontations, des mises en relation, des comparaisons et surtout des reformulations.
Renforcer la biculturalité
Les méthodes et les modèles didactiques adoptés pour l’ enseignement du francais dans les sections bilingues sont ceux de la culture française; la confrontation de méthodes différentes et l’apprentissage grâce à des modèles divers sont très enrichissants et fondamentaux pour permettre un développement intellectuel véritablement conscient. Dans notre cas, l’enseignement “à la francaise”, par rapport à l’enseignement “à la slovaque” comporte un renversement du rapport entre “savoir” et “savoir-faire”; ceci est non seulement important pour l’apprenant, mais aussi pour la dynamique pédagogique au sein de l’école slovaque qui gagne en originalité de son projet éducatif global. La cohabitation des méthodes didactiques slovaques et françaises est un enrichissement pour les enseignants, mais aussi pour les élèves des sections bilingues qui prennent plus facilement conscience de la rélativité des instruments méthodologiques et sont donc plus enclins à réfléchir sur ces problématiques. Sur le plan culturel, l’utilisation d’une langue différente de sa langue maternelle implique nécessairement une confrontation constante – aux niveaux conscient et inconscient- avec la civilisation dont cette langue est expression. Ce type de confrontation est particulièrement stimulant et productif. Etre bilingue, c’est aussi participer aux deux cultures. Cette interaction de méthodes est profitable au développement d’ une multitude de perspectives, particulièrement utiles pour nos élèves qui seront amenés à vivre dans une société complexe et dynamique où les différentes cultures et identités sont ainsi activement reconnues, et pas passivement acceptées.