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Enseigner l'histoire en français en République tchèque

Marie-Christine Thiébaut est coordinatrice de la coopération linguistique et éducative en République tchèque, en charge des sections bilingues et des sections européennes.

Tout d'abord, je souhaite préciser qu'il est nécessaire de différencier en République tchèque les sections bilingues des sections européennes, même si des liens entre les deux dispositifs sont envisageables à l'avenir : ces sections se distinguent à l'heure actuelle par le nombre d'heures d'enseignement dispensées en français, les disciplines enseignées, le contenu de leurs programmes et le profil des enseignants.

Les programmes d'histoire

« Dans le cadre de la reforme scolaire, nous sommes en train de réactualiser les programmes de toutes les DNL. »

Dans les sections bilingues, l'histoire enseignée est très largement inspirée des programmes français, avec quelques minimes adaptations en ce qui concerne l'histoire tchèque. Depuis 2007, les programmes intègrent également, sur mon initiative, la thématique européenne. L'Europe n'était en effet traitée auparavant ni en géographie ni même en histoire… Ces nouveaux programmes ont été travaillés sous la houlette d'un inspecteur d'académie (IA) - inspecteur pédagogique régional (IPR) d'histoire-géographie français, avec l'accord de l'Inspection générale de l'éducation nationale française. Si l'Europe fait désormais partie des manuels français, l'image qui en est donnée reste marquée par une vision très « de l'ouest » ; j'ai demandé à ce qu'on réfléchisse à ce point pour les nouveaux programmes. Actuellement en effet, dans le cadre de la reforme scolaire, nous sommes en train de réactualiser les programmes de toutes les DNL (physique, chimie, maths, histoire et géographie) ainsi que le FLE et langue et littérature françaises.

Dans les sections européennes, qui sont très récentes en République tchèque, seulement une ou deux DNL sont enseignées en français, sur des horaires nettement plus légers. L'enseignement de l'histoire suit obligatoirement le programme tchèque ; une partie de l’horaire en histoire est fait en tchèque, l'autre en français. Souvent, il s'agit du même professeur qui possède une double habilitation français et histoire.

Cursus spécifiques des sections bilingues franco-tchèques

Dans les deux premières années du cursus bilingue est dispensé un enseignement intensif du français langue étrangère à raison de 10 heures par semaine. Cet enseignement est dispensé par des professeurs de français tchèques et des lecteurs français, qualifiés pour enseigner le français langue étrangère. De la troisième à la sixième année (en tout pendant 4 ans), en plus de l'enseignement de langue et littérature françaises, les disciplines non linguistiques suivantes sont enseignées en français : histoire, géographie, physique, chimie, mathématiques. L’équipe pédagogique est composée de professeurs tchèques et français habilités pour enseigner leur discipline en français.

Dotation horaire des disciplines enseignées en français par année d’enseignement :

 1re année
Français Langue Etrangère (10 h par semaine)
 2e année
Français Langue Etrangère (10 h par semaine)
 3e année
Français Langue Etrangère (5 h par semaine)
Histoire (2 h par semaine)
Géographie (2 h par semaine)
Physique (3 h par semaine)
Chimie (3 h par semaine)
Mathématiques (4 h par semaine)
 4e année
Langue et littérature françaises (5 h par semaine)
Histoire (2 h par semaine)
Géographie (2 h par semaine)
Physique (3 h par semaine)
Chimie (3 h par semaine)
Mathématiques (4 h par semaine)
 5e année
Langue et littérature françaises (5 h par semaine)
Histoire (2 h par semaine)
Géographie (2 h par semaine)
Physique (3 h par semaine)
Chimie (3 h par semaine)
Mathématiques (4 h par semaine)
 6e annéeLangue et littérature françaises (facultatif)
Histoire (2 h par semaine) + 2 h de séminaire facultatif
Géographie (2 h par semaine) + 2 h de séminaire facultatif
Physique (3 h par semaine) + 2 h de séminaire facultatif
Chimie (2 h par semaine) + 2 h de séminaire facultatif
Mathématiques (4 h par semaine)

La formation des enseignants

Dans les sections bilingues, les professeurs d'histoire sont souvent professeurs de FLE. Ce sont tous des professeurs tchèques ou français ayant une habilitation universitaire (Bac + 5) à enseigner l'histoire : c'est la condition sine qua non de recrutement. Les enseignants de ces sections bilingues suivent une formation continue tous les ans avec un IPR. En revanche, aucune faculté ne propose aux professeurs en formation initiale de modules d'enseignement bilingue.

La question de la formation continue se pose également pour les enseignants des sections européennes : pour l'instant, dans la mesure où nous sommes dans la phase de montée en puissance de ces sections, ces professeurs ont bénéficié d'un stage au Centre international d'études pédagogiques (CIEP) et suivent des stages en France en immersion. Comme toutes les DNL sont potentiellement ouvertes et possibles en section européenne, nous avons peu de professeurs (nous avons actuellement 6 sections dans tout le pays…).

Les méthodes d'enseignement

« L'accent est mis sur l'histoire événementielle. »

En République tchèque, la tradition de l'enseignement général privilégie le cumul de connaissances : l'enseignement porte sur la transmission de savoirs, et peu sur la transmission de savoir-faire. En histoire, les élèves apprennent ainsi beaucoup de dates historiques, l'accent est mis sur l'histoire événementielle. L'enseignement prend très peu en compte l'étude de documents et de sources de type textes, graphiques, photos ou frises chronologiques. Il suffit d'ouvrir un manuel d'histoire pour s'en rendre compte : on n'y trouve que du texte, pas de documents historiques, pas de graphiques, pas d'iconographie ! Néanmoins, le système scolaire thèque est en train d'évoluer sur ce point et préconise dans les nouveaux programmes cadres, d'enseigner  différemment en fonction d'objectifs à atteindre. 

A contrario, dans les sections bilingues franco-tchèques, les professeurs enseignent l'histoire « à la française », en problématisant les sujets d'histoire. |

Marie-Christine Thiébaut

(Propos recueillis par courriel le 21/01/09)

Éducation comparée

Les méthodes d'enseignement de l'histoire en français diffèrent-elles des modèles didactiques utilisés pour l'enseignement de l'histoire en tchèque ?

Dans les sections bilingues franco-tchèques, l'histoire est l'une des matières enseignées durant les six années du cursus et fait également partie des matières proposées à la maturita avec la physique, la chimie et la géographie. Les professeurs tchèques et français chargés de cet enseignement alternent et il n'est pas rare d'avoir des discussions tant sur les programmes que sur les finalités ou le contenu des cours… Les réactions de nos élèves nous rappellent qu'il existe bien des différences parmi lesquelles les plus significatives sont les suivantes :

Tout d'abord les programmes tchèques réservent une place bien plus grande aux périodes anciennes comme le Moyen Âge et, inversement, nous accordons en France plus d'attention à l'histoire récente, notamment de la seconde guerre mondiale à nos jours (cette question fait d'ailleurs débat actuellement en République tchèque).

Les finalités de cet enseignement diffèrent aussi : les objectifs de la formation du citoyen et de la compréhension du monde actuel en France encouragent les enseignants à insister sur la compréhension des grands principes et des modes d'organisation des sociétés au fil des siècles, alors qu'en République tchèque, les savoirs encyclopédiques sont privilégiés. D'ailleurs, la comparaison des manuels d'histoire illustre bien cette différence puisque le texte occupe une place bien grande dans les ouvrages tchèques.

Nous constatons aussi que les élèves tchèques ne sont pas habitués à s'exprimer ou à critiquer des documents historiques, ce qui provient certainement de la façon plus magistrale d'enseigner cette matière en République tchèque où l'appel à l'esprit critique des élèves n'est pas aussi systématique qu'en France. Une nouvelle fois, la pauvreté des manuels tchèques en documents corrobore ce constat.

Cette brève comparaison est forcément caricaturale et ne sous-entend bien entendu aucun jugement de valeur, les enseignants français se plaignant souvent des manques de culture historique de leurs élèves tandis que leurs collègues tchèques déplorent le manque d'esprit critique des jeunes Tchèques. Il serait donc tentant de conclure que les élèves des sections franco-tchèques sont en position idéale... |

Franck Ferlay

Professeur français d'histoire-géographie
Section bilingue du lycée Matyas Lerch de Brno